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Introduction

La loi du 18 juillet 1938 sur « l’organisation générale de la nation pour le temps de la guerre » instaura le principe de la réquisition pour les Français et les ressortissants français du sexe masculin âgés de plus de 18 ans. Prévue en temps de paix relative, cette mesure d’exception devait être mise à exécution en cas de tension extérieure ou d’agression manifeste mettant le pays dans l’obligation de se défendre.

Le 20 mars 1939, un décret fut mis en place pour appliquer les dispositions de cette loi aux étrangers, dont les réfugiés espagnols qui massivement, passèrent la frontière en mars 1939 (plus de 450 000). Le 12 avril 1939, le gouvernement Daladier publia un décret concernant l'extension des obligations imposées aux étrangers bénéficiaires du droit d’asile par les lois de recrutement et la loi sur l'organisation de la Nation en temps de guerre. Ce texte, imposa à tous les étrangers bénéficiaires du droit d'asile et aux apatrides âgés de 20 à 48 ans les mêmes obligations que celles imposées aux Français, notamment en ce qui concerne le recrutement militaire et le régime de la réquisition, et visait à répondre au manque de main-d'œuvre pour la défense nationale et à instaurer une égalité de devoirs entre les étrangers et les Français, en subordonnant désormais le droit d'asile à une contribution économique sous forme de prestations en remplacement du service militaire.

Ce décret ouvrit la voie à la création, en mai 1939, des Compagnies de Travailleurs Étrangers (C.T.E) qui furent placées sous l’autorité du Ministère de la Guerre, et affectées pour effectuer des travaux d’intérêt général ou stratégiques dans les zones frontalières ou dans des camps militaires.
Combien y eut-il de C.T.E et combien d’hommes y travaillèrent ? Les données sont floues. On estime qu’il y eut environ 55 000 espagnols répartis entre 200 à 300 compagnies. Chacune d'elles pouvant compter entre 250 à 400 hommes. Leurs trajets sur le territoire, les tâches qu'elles devaient accomplir, tout cela est consigné assez précisément, du moins jusqu’à la débâcle. Et le flou s'accentue un peu plus quand ces Compagnies de Travailleurs Étrangers décimées ou éparses sont regroupées et transformées en Groupement de Travailleurs Étrangers (G.T.E) sous le gouvernement de Vichy, qui utilise et « prête » à l’occupant cette main d’œuvre bon marché et corvéable à merci, quand celui-ci ne la réquisitionne pas directement, pour construire, entre autres, le mur de l'Atlantique ou des bases fortifiées de sous-marins.

À noter que si les Espagnols y furent majoritaires, ces C.T.E et G.T.E furent aussi composées, et cela est encore moins connu, de juifs, de palestiniens, d’arméniens, d’indochinois, de polonais, d’allemands ou d’autrichiens et d’autres étrangers qui fuyant la guerre, avaient trouvés en France un abri somme toute relatif et pour la plupart une nasse ou ils trouvèrent la mort.

Sur les 250 hommes d’une compagnie, souvent on ne trouve que quelques noms, quelques dates, quelques parcours. Pourtant les autres sont sûrement répertoriés, dans le dédale des archives de l’armée, de la police, de la justice parfois, au niveau local, départemental ou national. Sur internet c’est souvent une voix individuelle qui sort du silence, un ancien d’une C.T.E ou un·e de ses descendant·e·s qui donne un numéro de compagnie, le nom de deux ou trois compagnons, un lieu de travail. Mais les témoins directs disparaissent inexorablement et avec eux les souvenirs, les preuves. C’est un travail de fourmi que d'essayer alors de remonter le fil, trouver la trace, le contact.

"L'histoire doit être au service de ceux qui la subissent." Albert Camus

C’est ce que ce site se propose de faire. En recensant les données brutes existantes et accessibles dans les livres, les archives, les sites web, mais aussi en faisant appel aux personnes qui possèdent des renseignements, des lettres, des photos, des papiers administratifs, etc. Elles pourront ici demander et trouver des informations mais aussi en déposer aussi petites et apparemment insignifiantes soient-elles. Ces éléments en appelleront sûrement d’autres, et surtout aideront d’autres chercheurs, qui fouillant les archives précitées et éparpillées aux quatre coins de la France et de l’Europe, à les trouver pour nous, quand ils cherchent pour eux-mêmes.

Il y aura donc sur ce site en plus des sources utiles à la recherche, une liste des compagnies C.T.E avec les données essentielles accessibles et lisibles en ligne. Certaines seront complètes, d’autres pas du tout. À nous de les remplir peu à peu, car le recueil d’archives c’est avant tout une histoire de patience. J’espère que chemin faisant certains d’entre nous pourront grâce à cela retrouver la trace d’un disparu ou combler un blanc dans l’histoire de leur propre famille.

Car après tout il s'agit avant tout de cela : retrouver des individus, des histoires personnelles non finies ou non racontées. Donner à l’histoire collective un visage et même plusieurs. Donner aux chiffres froids des statistiques et des énumérations sans fin, de la chair.

Et puis au-delà des histoires personnelles retrouvées, se profile l’Histoire tout court, celle qui nous dit que ce qui s’est passé touche notre présent et influence notre avenir. Celle qui montre les leçons à apprendre et surtout à retenir pour ne pas commettre les mêmes erreurs.

Vous qui cherchez, ces pages sont pour vous…